Dialogue entre les Le groupe surréaliste au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et le Groupe Surréaliste de Madrid

Madrid surrealist group

1.- Le public arabe ne connaît pas grand-chose aux activités du Groupe surréaliste de Madrid au cours des dix dernières années. Pouvez-vous nous parler de l’histoire du Groupe de Madrid et de ses activités ces dernières années?

Nous pourrions résumer cette activité en quatre grandes lignes:

1) Publications. Tout d’abord, bien sûr, le magazine SALAMANDRA. Intervention surréaliste-insurgée-critique de la vie quotidienne, dont, depuis 2001, 6 numéros doubles ont été publiés: 11-12, 13-14, 15-16, 17-18, 19-20 et 20-21; Ce dernier numéro est paru en 2015. Nous travaillons actuellement sur la prochaine édition d’un nouveau numéro. Deuxièmement, le journal de contre-information El Rapto – Observatoire du somnambulisme contemporain (sept numéros, 2007-2011).

Et à côté de cela, les moyens éditoriaux du groupe, La Torre Magnética, [La Tour Magnétique] qui a publié une vingtaine de titres de poésie, d’essais et de critiques. Nous mettons en évidence les deux livres qui rassemblent des exemples de la poésie de certains des membres et amis du groupe, Indicios de Salamandra [Signes de Salamandre](2000) et Clavar limas en la tierra[Limes à ongles dans le sol], livre de poèmes du Groupe surréaliste de Madrid et ses environs (2017). 2) Interventions publiques et conférences. Les plus récents: Jornada de juegos surrealistas [Journée de jeux surréalistes] (2015) et Laboratorio onírico [Laboratoire onirique](2017), tous deux organisés au Nosaltres Cooperative Athenaeum (Madrid). Jornada Pensar y experimentar la exterioridad [Journée –  Penser et vivre l’extériorité], dans la librairie Traficantes de Sueños (Madrid). Bellas damas sin piedad [Belles dames sans pitié] – Faire justice (poétique) aux femmes surréalistes (mars-avril 2019), à la librairie Enclave de Libros (Madrid). Participation à la Feria de arte anarquista [Foire d’art anarchiste] JACA (Centre social Okupado Eko de Madrid), avec la construction d’une Barraca de las Maravillas [Entrepôt des Merveilles].

3) Interventions politiques. Conférences, débats et expositions à la Fundació d’Estudis Llibertaris i Anarcosindicalistes [Fondation d’Etudes Libertaires et Anarcho-syndicalistes] de Barcelone. Activités et conférences offertes à la CNT de Madrid et Valladolid, au centre libertaire CAU d’Alicante, au centre social Okupado La Casika de Móstoles, au centre social anarchiste 451 de Saragosse, aux foires du livre anarchiste de Barcelone, Valence, Séville, Lisbonne et Madrid. Participation active aux assemblées, rassemblements, manifestations et actions du “mouvement” 15-M à Madrid (en particulier dans l’Acampada de Sol). Participation directe et organique aux Assemblées de quartier, Groupes d’Actions Spécifiques ou Athénées Coopératives Autogérées comme Nosaltres dans le quartier madrilène de Lavapiés (cette activité s’est développée, avec plus ou moins d’intensité, mais de manière particulièrement continue, depuis le 15 mai à partir de 2011). Organisation de la Jornadas sobre el Objeto Surrealista [Journées sur l’Objet Surréaliste] dans el Solar Okupado de Lavapiés en avril 2012, collectée et contextualisée dans le livre Las mercancías mueren, las cosas despiertan [Les marchandises meurent, les choses se réveillent]. Jornadas sobre el objeto cuando todo se viene abajo [Journées sur L’objet quand tout s’écroule] (2013).

4) Travaux théoriques et pratiques sur certains concepts que nous considérons pertinents. Les travaux sur le concept d’extériorité sont d’une grande importance, étayés par deux ouvrages collectifs: Crisis de la Exterioridad. Crítica del encierro industrial y elogio de las afueras [ Crise de l’Extériorité – Critique du confinement industriel et éloge des faubourgs] (2012) et Pensar, experimentar la exterioridad [Penser et expérimenter l’extériorité] (2018). Un autre terme qui nous semble important, et qui est encore en cours de réflexion, est celui de matérialisme poétique, largement développé dans le dernier numéro de Salamandra 21-22 (2015). De même, le concept de géographie poétique et son expression ont donné naissance au livre Sentir Madrid como si existiera un todo [Ressentir Madrid comme s’il y avait un tout], par Emilio Santiago, publié par La Torre Magnética en 2016, qui est également considéré comme une critique et une revue de l’urbanisme moderne. Un autre concept sur lequel nous avons beaucoup travaillé, celui de la poésie par d’autres moyens (Concept créé par le Chicago Surrealist Group, et non par nous-mêmes), a également donné lieu à un livre collectif Situación de la poesía (por otros medios) a la luz del surrealismo [Situation de la poésie (par d’autres moyens) à la lumière du surréalisme] (2006). Outre les publications, le groupe a essayé de mettre ces concepts en pratique de différentes manières au fil des ans. 2.- Quelle est votre opinion sur le nouveau magazine surréaliste en langue arabe The Room, qui est le premier magazine surréaliste en langue arabe publié au Moyen-Orient depuis les années 1930.

Cela nous semble être une excellente nouvelle pour le surréalisme international qu’une revue surréaliste entre dans cette sphère géographique, culturelle et politique qui a déjà donné des exemples d’interventions surréalistes aussi originales et convulsives que Art et Liberté et Le Désir Libertaire, et nous voulons précisément publier une sélection de vos textes dans un futur proche. L’extrait de contenus auquel nous avons pu accéder est extrêmement attractif et nous sommes d’accord avec lui, surtout dans ce qui se réfère spécifiquement (parce que ce sont des matières dans lesquelles nous travaillons assidûment) au travail de création collective, au projet de «civilisation surréaliste ” (Une question cruciale pour nous en ce moment historique particulier), aux jeux surréalistes, à “ayuntamiento surrealista” [Mairie surréaliste] et à l’urbanisme surréaliste.

3.- Comment gérez-vous ceux qui disent que le surréalisme est un cadavre que nous essayons de revivre du passé?

Ce reproche est, en effet, fréquent dans les cercles du soi-disant «art» et presque total dans les cercles que l’on peut appeler politiques. Tous deux partent de l’erreur qui consiste à considérer le surréalisme exclusivement comme une “avant-garde artistique” et à ignorer la véritable nature et le véritable objectif du surréalisme: un mouvement complexe qui englobe toutes les facettes de l’existence humaine et dont le but est de changer la vie. Ce type de critique évite systématiquement le contenu politique révolutionnaire du surréalisme et entend le laisser dans une simple parure esthétique à l’ancienne, pour désactiver sa charge explosive. Il est tout aussi paradoxal que ce reproche vienne des secteurs de l’art moderne, qui depuis des décennies agonise dans ses répétitions et est déjà un cadavre gigantesque embaumé dans des comptes bancaires millionnaires.  Ce serait un cas évident de projection, au sens strictement freudien. Et bien sûr, si le surréalisme doit être un cadavre, ce sera un beau cadavre exquis, c’est-à-dire une ré-annonce collective, incalculablement ivre, de lui-même et de ce qui n’est pas lui-même.

4.- De l’avis du groupe surréaliste de Madrid, quels sont les obstacles à l’organisation (mise en place) d’une exposition internationale du surréalisme à l’époque moderne qui rassemble tous les groupes surréalistes actifs à travers le monde?

Dans le numéro 11-12 du magazine Salamandra (2002), notre groupe a publié le texte collectif El falso espejo [Le faux miroir]. Là, nous avons fait une critique qui, selon nous, est toujours en vigueur, sur la récupération du surréalisme par le capitalisme et sa société de divertissement, et sur la vulgarisation et la répétition de l’image surréaliste, en plus de reprendre l’idée d’une opposition radicale à l’art – compris comme la construction de l’industrie capitaliste et comme une sphère de vie distincte – qui caractérise le surréalisme dès son origine. Cette critique, jointe au fait irréfutable que toute exposition à ce moment sera considérée comme «art» et entrera dans le circuit monétaire de l’art moderne, nous rend peu susceptibles d’être de telles initiatives.

Cependant, près de 18 ans se sont écoulés depuis ce texte, et à l’heure actuelle, nous pensons qu’une grande exposition préparée conjointement et internationalement par des groupes surréalistes pourrait être un événement à considérer, au moins comme une hypothèse de débat qui pourrait renforcer l’internationalisme consubstantiel au surréalisme tout au long de son histoire. 

Cependant, une telle exposition devrait avoir lieu, à notre avis, sous certaines conditions: être accompagnée de séances de débat au cours desquelles des questions d’une grande importance pour le surréalisme sont discutées (la critique de la domination dans toute sa dimension politique, économique, technique, écologique, idéologique, psychologique ou sensible, le problème de l’imagination et de la subjectivité créatrice, “collectivisation du génie”, automatisme, langage, nature, etc.), éviter tout profit à tout prix et chercher, essentiellement , une irradiation des idées et des pratiques du surréalisme au-delà de ses propres limites. Nous pensons que ce type d’exposition internationale pourrait ainsi être très enrichissant et servirait également à renforcer les liens personnels, l’activité commune et la dynamique des différents groupes surréalistes dispersés à travers le monde, et aujourd’hui plus dispersés que jamais.

Collage by : Vicente gutierrez escudero

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